>> Logement précaire, bulle immobilière, happenings en tous genres
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>>L’Humanité : Artistes et mal-logés expulsés à l’aube par la policeL’Humanité : Artistes et mal-logés expulsés à l’aube par la policeMAL-LOGEMENT• Une quarantaine de personnes, dont beaucoup de jeunes, ont été délogés d’un immeuble inoccupé depuis dix ans. La ville de Paris souhaitait l’acquérir pour en faire de l’habitat social. "J’ai été réveillée par le bruit des coups de bélier à six heures et demie. J’ai senti mon lit bouger." Maryse Lelarge, témoin malgré elle de I"expulsion par la police des mal-logés du numéro 7 de l’impasse Saint-Claude, à Paris, habite pourtant à une trentaine de mètres de cet immeuble du troisième arrondissement. Inoccupé depuis une dizaine d’années, le bâtiment de plus de deux mille mètres carrés avait été réquisitionné il y a deux mois par le collectif Jeudi noir et l’association culturelle Deuxième Aile. Une quarantaine de personnes en attente d’un logement social depuis plusieurs années ou dans l’incapacité financière d’en trouver un dans le parc locatif privé, s’y étaient donc installées. Parmi elles, des jeunes travailleurs, des étudiants, des artistes, des familles avec enfants. Rapidement, des élus de gauche de Paris se sont rendus sur place pour dénoncer la décision prise par la préfecture, qui plus est sans que la mairie de l’arrondissement n’ait été prévenue. DES DISCOURS ... AUX ACTES Un comportement pour le moins en contradiction avec les déclarations de la ministre Christine Boulin, la veille. « Le préfet pourra se substituer au maire pour imposer la construction de logements qui n’ont pas été réalisés », avait déclaré la ministre à l’issue des états généraux du logement en Île-de-France. Dans la capitale, le préfet semble, au contraire, aller à l’encontre des options municipales. « La mairie avait demandé de ne pas engager la procédure d’expulsion car elle voulait racheter l’immeuble », souligne Manuel Domergue, du collectif Jeudi noir. Même incohérence dénoncée par Jan Brossat, président des élus communistes parisiens : « Cette expulsion intervient alors que le Conseil de Paris du 21 avril dernier a émis le voeu que la ville se mette en relation avec l’administrateur judiciaire, gérant du bien, et qu’elle en fasse l’acquisition afin d’y faire du logement social. Alors que la crise du logement fait rage, le gouvernement choisit de protéger les propriétaires d’immeubles vides », conclut le jeune élu. LES MAL-LOGES A L’EGLISE C’est le tribunal d’instance de l’arrondissement qui avait décidé il y tout juste quatre semaines, de l’expulsion immédiate au motif de la dangerosité des lieux. Un prétexte fallacieux selon les associations, qui rappellent « tous les travaux effectués pour sécuriser le bâtiment ». Plus grave encore, l’expulsion serait même illégale et entachée de plusieurs vices de procédure : non-respect du préavis, non-présentation de l’avis d’expulsion et impossibilité pour les habitants d’assister à l’inventaire de leurs affaires personnelles. Après l’opération policière, les expulsés et leurs soutiens se sont rassemblés près de l’immeuble avant d’être une nouvelle fois délogés sans ménagement par les forces de l’ordre. À l’heure où nous écrivons ces lignes, les mal-logés de l’impasse Saint-Claude occupent l’église toute proche, dans la rue de Turenne. Là, c’est le curé qui a demandé à les chasser. Il n’y a pas que des abbés Pierre dans la maison du bon Dieu. Ludovic Tomas |