>> Logement précaire, bulle immobilière, happenings en tous genres
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>>"Sensibiliser autrement" : intervention de Jeudi Noir à AnimafacDes bulles contre la bulle immobilière (Jeudi Noir)Jeudi Noir est un collectif dont le but est de dénoncer les problèmes touchant les jeunes. En 2005, sous le nom de « Génération précaire », ils sont parvenus à attirer l’attention sur la condition des stagiaires. Ils ont également mené campagne contre l’élection de Sarkozy avec « La France qui se lève tôt ». En 2006, ils ont lancé une série d’actions, « des bulles contre la bulle immobilière » qui a su attirer l’attention des médias sur la question de la hausse exponentielle des loyers. Sans réelle légitimité, ni en tant qu’expert, ni en tant qu’élus, ils ont pourtant réussi à réaliser un véritable « hold-up médiatique ». Forts de ces expériences, ils souhaitent, aujourd’hui, tenter de dresser un « mode d’emploi » de l’art et la manière d’acquérir une visibilité médiatique quand on a peu de moyens. Première condition pour mener une action médiatique : créer un discours qui fasse écho aux préoccupations d’un groupe. Jeudi Noir a ainsi été lancé en octobre 2006 pour s’attaquer à la bulle immobilière qui a multiplié par deux les prix des loyers depuis quelques années. Le collectif a voulu donner un corps et une voix aux jeunes galériens du logement qui n’étaient ni représentés, ni entendus. En somme, la même démarche que celle entreprise avec « Génération Précaire », né du constat que les « stagiaires professionnels » n’étaient défendus par aucun syndicat et que Politiques et Médias ne s’intéressaient pas à leur sort. Deuxième condition : adapter la forme au fond. Il est nécessaire de trouver la forme adéquate pour véhiculer son message. Jeudi Noir a choisi de « s’incruster » dans les appartements. S’insurger contre des loyers à 600 ou 700 euros pour des surfaces ridicules ne parle pas aux journalistes. En proposant à la presse une situation concrète permettant de mettre en image cette réalité, ils leurs mâchent le travail. Il est important de travailler sur l’aspect visuel de l’action : un logo , un « code vestimentaire", etc. Dans son happening, Jeudi Noir a ainsi choisi plusieurs éléments identifiables : les confettis, le mousseux et la mascotte "Disco King" rendent l’opération festive et visuellement attrayante. Mais attention : ce n’est pas parce que l’on mâche le travail des journalistes qu’il faut les sous-estimer : aussi travaillé que soit votre happening, s’il n’y pas un travail de fond sur l’argumentation et que celui-ci ne fait pas écho à un véritable malaise sociétal, les médias ne s’intéresseront pas longtemps à cette action. C’est pourquoi avant de se lancer, Jeudi Noir à mener un important travail de recherche sur le phénomène et les conséquences de la bulle immobilière en se renseignant auprès de la CAF, de l’association de l’Abbé Pierre, de l’Union des propriétaires... Ces recherches leur ont permis de dresser un argumentaire solide et de discuter, durant les « visites » d’appartements avec les propriétaires. Quand ces derniers arguent qu’ils doivent augmenter les loyers pour rembourser des crédits de plus en plus taxés par les banques, Jeudi Noir leur répond, chiffres et arguments à l’appui, que ce n’est pas aux locataires de payer leur investissement, etc. Reste la prise de contact concrète avec les journalistes. Pour se faire, Jeudi Noir a d’abord utilisé pleinement l’outil Internet. Des premières actions ont été filmées et mises en ligne afin que les journalistes puissent avoir un aperçu du « reportage » que leur proposait le Collectif : beaucoup plus simple, ensuite, d’aller convaincre les rédactions de l’opportunité de couvrir ces happenings. Jeudi Noir dispose, de plus, d’un large fichier presse constitué au fil du temps. Quand ils envoient un communiqué de presse, ce sont plus de 15 000 journalistes qui le reçoivent. De quoi espérer au moins quelques réponses... Afin de rendre son action pérenne et de s’assurer un suivi dans les médias, Jeudi Noir a, enfin, conçu ses happenings comme un feuilleton.
Questions de la salle.Jeudi Noir a-t-il contacté les autres associations de locataires ? Le Collectif s’attendait à ce que ces dernières prennent spontanément contact avec eux lorsque leur voix a commencé à être relayée dans les médias et leur idée était, à terme, de s’associer avec eux pour continuer cette action. Cela n’a cependant pas été le cas. C’est finalement Jeudi Noir qui a été trouver des associations comme le DAL (Droit au logement) afin de leur proposer de constituer le « ministère de la Crise du logement ». Quels sont les résultats concrets des actions du Jeudi Noir ? Cela n’est pas toujours facile à évaluer. La proposition de Nicolas Sarkozy d’indexer les loyers sur l’inflation ou les 15 millions accordés par Valérie Pécresse au logement étudiant sont des revendications qui ont longtemps été portées par le Collectif. Difficile de savoir si ces mesures découlent directement de leur lobbying, mais cela n’a que peu d’importance du moment qu’elles finissent par voir le jour. Outre ces mesures nationales, le Jeudi Noir a réquisitionné des immeubles inoccupés, ce qui a permis de loger concrètement des étudiants précaires. L’occupation la plus médiatisée, celle de la rue de la Banque, a d’ailleurs conduit la Mairie de Paris à racheter l’immeuble réquisitionné. Le fait d’être à Paris n’est-il pas plus facile pour mener ce type d’actions ? Jeudi Noir a mené quelques actions à Toulouse et Lille, mais il faut reconnaître que c’est le fait d’avoir initié l’action dans la capitale qui a permis de toucher les grands médias nationaux. Bien que la presse régionale soit la plus lue en France et que « France 3 région » soit beaucoup regardé, les médias nationaux ont tendance à croire que Paris est la France, et qu’il ne sert à rien de relayer des actions tenues en dehors de la capitale. S’adresser aux médias régionaux peut néanmoins être intéressant car ils sont moins verrouillés politiquement que les rédactions nationales. Quels sont les relations de Jeudi Noir avec les forces de l’ordre ? Les actions du collectif sont réputées pour être non violentes : il existe donc un accord tacite avec la police qui ne se prive pas de les « dégager » durant leurs actions, mais sans jamais employer la force. Un accord qui tient d’autant mieux que, les caméras étant souvent présentes, elles protègent les militants. Il devient cependant de plus en plus difficile d’éviter que la police ne soit présente sur les lieux de leurs happenings : ils sont obligés de ruser en donnant de faux rendez-vous pour avoir le temps de développer leur action avant l’arrivée des forces de l’ordre. |