JEUDI NOIR SQUATTE EN FACE DE L’ELYSÉE

Télélibre

Nous sommes les premiers à vous l’annoncer: Jeudi Noir envisage de porter plainte contre la préfecture de Paris ces prochains jours. Objet de cette plainte : le blocus policier stationné 22 avenue Matignon dans le 8e arrondissement de Paris, adresse du nouveau squat du collectif.

Voici le premier reportage vidéo de Jonathan Bordessoule, avec à la caméra, un Reporter-Citoyen, Anglade Amédée

Depuis le 27 décembre 2010, Jeudi Noir occupe un vaste immeuble de bureaux vides appartenant à la société Axa – situé à une centaine de mètres de l’Elysée – pour protester contre le mal logement en France. Le collectif s’appuit sur la loi Dalo – qui permet sur décision du préfet de réquisitionner des logements vacants afin de lutter contre la pénurie de logement – pour justifier son action. Les locaux de la compagnie d’assurance, vides depuis 2006 et qui comptent 8 étages pour 2500 m2 habitables, font actuellement l’objet d’un blocus policier. A l’heure actuelle, une trentaine de membres du collectif sont autorisés à « squatter » les lieux. Et si aucune plainte d’Axa n’a encore été officialisée, les forces de police refusent – sur ordre de la préfecture de Paris – toute autre entrée dans le bâtiment.

Le Modem et la gauche en soutien
Jeudi Noir – soutenu par la gauche et le Modem – a déjà reçu la visite de plusieurs personnalités politiques, à l’image d’Eva Joly (Verts), Aurélie Filippetti (PS), Martine Billard (Parti Gauche), Jean-Paul Huchon (PS) et Benoît Hamon (PS). Du coté de la droite, le député Etienne Pinte (UMP) se démarque de ses collègues en soutenant lui aussi le collectif. Mardi dernier, c’était au tour d’Olivier Besancenot (NPA) et Jean Luc Mélenchon (PG) de rendre visite à Jeudi Noir. Avec des radiateurs en guise de présent, ces deux derniers ont pu tester l’imperméabilité du blocus. Nous avons choisi cette journée pour nous rendre sur place et visiter le nouveau squat de Jeudi Noir. Le porte parole du PC Pierre Laurent se déplacera quant à lui sur les lieux demain vendredi.

Jonathan Bordessoule
Image : Anglade Amédée
Montage : Etienne Broquet

Jeudi Noir : le soutien d’un député UMP

Vidéos sur MCE

Le député UMP Étienne Pinte est venu mercredi apporter son soutien aux squatteurs du collectif Jeudi Noir

[INTERVIEW] « Le message du mal-logement passe mal au sein de la majorité »

Interrogé par Nouvelobs.com, le député UMP Etienne Pinte explique son soutien au collectif « Jeudi Noir » qui occupe depuis le 27 décembre un immeuble vide à Paris à proximité de l’Elysée

Le député Etienne Pinte. AFP

- Mes relations avec le collectif commencent à être anciennes. Je les ai soutenus et accompagnés dans leurs diverses occupations d’immeubles : Je les ai connus rue de la Bourse, rue de la Bonne graine, rue de la Harpe, place des Vosges …

A Paris, nous sommes en zone d’hébergement très tendue. Il manque de nombreux logements sociaux pour les étudiants et les jeunes travailleurs notamment. Il y a dans ce pays 500.000 étudiants boursiers pour 160.000 logements [159.000 selon le cite du Crous, ndlr]. Tous les autres doivent trouver à se loger dans le secteur privé, mais dans des conditions qui ne correspondent pas à leurs revenus. Et c’est particulièrement le cas à Paris.

Un article de Paris-Match expliquait il y a deux ans, que des étudiants vivaient parfois dans des caves à la merci de marchands de sommeil, que des étudiantes se prostituent parfois pour joindre les deux bouts. Tant que des étudiants devront trouver des solutions de logements extrêmes et scandaleuses, je les soutiendrai.

Comment s’est passée votre visite de l’immeuble avenue Matignon ?

- J’ai pu entrer assez vite après vérification de mon identité avec la presse présente, mais j’ai cru comprendre que cela n’a pas forcément été le cas pour certains collègues députés de l’opposition.

Dans votre discours de clôture du séminaire de « l’année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale », vous avez déclaré : « Pour moi une bonne gouvernance des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale doit reposer sur quatre piliers : l’accès au logement, l’accès à l’éducation et à la formation, l’accès à l’emploi  » et à la santé. N’existe-t-il pas de réelles failles dans la politique du logement en France aujourd’hui ?

- Je dis et redis qu’une société équilibrée et harmonieuse repose sur ces quatre piliers. Ils sont intimement liés les uns aux autres. Ainsi, l’accès à l’emploi sera difficile pour les jeunes s’ils ne peuvent pas avoir un accès à la formation et l’exigüité des logements, voire leur insalubrité, rendent les choses extrêmement difficiles.

Cependant, la politique du logement et de l’hébergement est, selon moi, relativement satisfaisante depuis deux ans en ce qui concerne la mobilisation des moyens. Mais nous avons 30 ans de retard et on ne rattrape pas ce retard en deux ans.

L’Etat ne devrait-il pas prendre de nouvelles orientations pour favoriser le logement ? Notamment pour obliger les communes à respecter les 20% de logements sociaux qu’impose la loi SRU de 2000 ?

- L’Etat n’est pas le seul acteur en jeu, il y a également les collectivités locales. Mais les sommes mises à disposition sont importantes. Jusqu’à il y a 10 ans, ces sommes n’étaient pas entièrement utilisées et cela rendait plus difficile le vote de budgets supplémentaires pour les années suivantes. A l’heure actuelle, on est aux alentours de 120 000 à 130 000 financements de logements sociaux par an.

Actuellement, il y a 730 communes qui ne remplissent pas les conditions de la loi SRU. Parmi elles, 400 se sont engagées dans des programmes de financement de logements sociaux et à rattraper leur retard. Il en reste donc 330 qui, pour diverses raisons, ne s’y conforment pas. Mais il est vrai que certaines communes préfèrent payer les pénalités au lieu de construire de logements sociaux.

Pour ces communes qui préfèrent souvent payer des amendes que de construire les logements sociaux nécessaires, que faut-il faire ?

- Dans ce cas, il existe des solutions dans l’arsenal judiciaire des préfets. Ils ont la possibilité de se porter acquéreur de fonciers bâtis ou non-bâtis à la place du maire en vue de faire construire des logements sociaux par les bailleurs sociaux (HLM).

C’est pour cette raison que je vais écrire d’ici la fin de la semaine au secrétaire d’Etat au Logement pour lui poser trois questions : « Cette disposition est-elle utilisée par les préfets dans les zones tendues ? », « Les préfets ont-ils utilisés l’arme de la réquisition (prévue par l’ordonnance de 1945) » et » Y-a t-il des préfets qui (loi boutin) ont facilité l’utilisation de l’article 101 de la loi MOL (loi de mobilisation pour le logement et la lutte contre l’exclusion, dite loi Boutin) permettant à des propriétaires privés ou publics d’immeubles vacants de les louer afin d’y loger des personnes mal-logées.

Vous êtes jusqu’ici le seul élu de droite à soutenir officiellement l’action de Jeudi Noir. Comment expliquez-vous cela ?

- Le problème est que les parlementaires qui sont sensibilisés au logement et à l’hébergement sont des parlementaires élus des zones tendues (Ile de France, Paca, Rhône-Alpes, un peu le Nord et l’Est). Selon moi, vous avez déjà une grande différence deperception de la crise du logement entre des élus de zones qui connaissent ou non une pénurie de logements sociaux.

Personnellement, j’ai toujours été très impliqué sur cette question car pour moi le logement est une des pierres maitresses de l’équilibre familial des citoyens de ce pays.

Cependant, il est vrai que l’on a du mal à faire passer le message du mal-logement, même un peu, au sein de la majorité. Ce n’est pas normal qu’il y ait plus de représentants de l’opposition dans les soutiens que de membres de la majorité. Mais certains n’en pensent pas moins. D’ailleurs, nous serons bientôt deux députés de droite à soutenir Jeudi Noir, puisque mon collègue des Yvelines, Arnaud richard, doit se rendre dans les jours qui viennent rue de Matignon pour leur apporter son soutien.

Malgré tout, j’ai du mal à comprendre parfois que mes collègues de la majorité ne soient pas imprégnés de trois ou quatre chiffres qui, à mes yeux, sont fondamentaux.

Il ne faut pas oublier que 60% des Français relèvent des plafonds des logements sociaux, qu’il y a 3,5 millions de mal-logés en France (Chiffres du rapport de la Fondation Abbé Pierre), et qu’il y a plus de huit millions de femmes et d’enfants qui vivent sous le seuil de pauvreté alors que la France est considérée comme un pays riche. Quand on est élu je pense que se sont des chiffres que nous devons vivre au quotidien.

Ce thème doit transcender les clivages politiques et sortir les gens des situations de pauvreté et d’exclusion.

Interview d’Etienne Pinte, député UMP des Yvelines, président du groupe d’Etudes Pauvreté Précarité Sans abri à l’Assemblée Nationale et président du Conseil nationale des politiques de lutte contre la pauvreté et l’Exclusion, par Anne Collin

(le jeudi 13 janvier 2011)

(Nouvelobs.com)

Des mal-logés dorment au bureau

l’humanité

Face à la crise du logement, des jeunes précaires pointent les millions de m² vides.

Les grands groupes sont dans le viseur des militants du logement. Depuis plus d’un mois, une vingtaine de jeunes précaires occupent un immeuble vacant de 5 000 m², propriété du groupe d’assurance Groupama, près de la place de la République dans le 10e, à Paris. « On est tous dans l’impossibilité de trouver un appartement », confie Vincent, trente ans. Ses « colocataires » et lui doivent comparaître aujourd’hui devant le tribunal d’instance de Paris pour occupation illégale.

Plus récemment, depuis le 27 décembre, des militants du collectif Jeudi noir se sont eux aussi installés, à deux pas de l’Élysée, dans un immeuble inoccupé depuis quatre ans, que possède le groupe Axa. Derrière l’évidente précarité de leurs situations, ces mal-logés dénoncent le scandale des bureaux vacants. « Ils sont libres, appartiennent à des groupes au patrimoine très large et ne servent qu’à spéculer », explique Margaux, militante du collectif. En région parisienne, on recense près de cinq millions de m² de bureaux vides, qui, contrairement aux immeubles d’habitation, ne sont pas soumis à la taxe sur la vacance. « Nous pourrions les transformer en logements », assure Margaux. Jeudi noir et le DAL réclament une taxation sur les bureaux vides et l’application de la loi de réquisition.

Lionel Decottignies

Hidalgo va aller soutenir « Jeudi Noir »

JDD

La Première adjointe au Maire de Paris, Anne Hidalgo, va rendre visite à « Jeudi Noir » aujourd’hui à 16h45 pour soutenir le collectif qui occupe un immeuble, avenue Matignon dans le 8e arrondissement, depuis une semaine. Elle sera accompagnée de Bruno Julliard, adjoint chargé de la jeunesse, et de Rémi Féraud, premier secrétaire fédéral PS de la capitale.