Libération. 30.12.2009. Jeudi noir à la barre, avant de passer à la caisse ?

DécryptageLe collectif mise sur la communication et l’action festive pour défendre la cause des mal-logés. Il est jugé aujourd’hui pour l’occupation d’un immeuble place des Vosges.

Mille mètres carrés habitables, 300 m2 de cour intérieure et une terrasse de 80 m2. Le tout, à Paris, dans un bâtiment du Marais, place des Vosges, laissé à l’abandon depuis 1965. Trente-trois personnes du collectif Jeudi noir y squattent depuis le 27 octobre. Ils ont nettoyé les fientes de pigeon, débouché les gouttières, rendu vie au lieu. Mais l’initiative pourrait leur coûter cher. Une audience doit statuer aujourd’hui sur leur sort au tribunal d’instance du IVe arrondissement. La tutelle de la propriétaire (âgée de 87 ans) réclame, selon Jeudi noir, leur expulsion et « 69 663 euros par mois à compter du 31 octobre et 1 500 euros d’astreinte par jour de retard ». Jeudi noir n’en est pas à son coup d’essai. Revue de détail d’un collectif emblématique.

Qui sont-ils ?

Jeudi noir a été créé en octobre 2006 par des militants de Génération précaire (en lutte contre les stages comme emplois déguisés) qui souhaitaient s’attaquer au mal-logement. Le nom du collectif fait d’abord référence au jour de parution du journal de petites annonces De particulier à particulier (le jeudi). A sa publication, les « galériens du logement », comme ils se surnomment, se retrouvent à faire la queue pour visiter des studios hors de prix. Il renvoie aussi au krach boursier de 1929, parce qu’« on voulait faire péter la bulle immobilière », explique Leila Chaibi, l’une des fondatrices. Le collectif s’est d’abord adressé à des jeunes actifs à la merci des proprios, avant de s’élargir vers les étudiants. Pour Sébastien Porte, coauteur d’Un nouvel art de militer (1), les militants de Jeudi noir sont « des gens jeunes, diplômés en lettres, en communication, en sciences po ». S’il est difficile de quantifier le nombre de militants, Julien Bayou, un autre fondateur, avance le chiffre de 190 personnes, dont « une cinquantaine est active et une trentaine très active ».

Leurs méthodes ?

Jeudi noir a d’abord piégé des propriétaires aux loyers exorbitants. Après avoir pris un rendez-vous, le collectif débarque dans le logement avec du Champomy et des confettis pour y faire la fête devant la presse. « On cherche à prendre son pied en militant », explique Leila Chaibi. Derrière cette image festive, ce sont de vrais pros de la communication. « Quand on faisait des visites en appart, c’était parfait pour la télé, dit Simon Cottin-Marx, un autre militant. Il y avait une victime : le locataire. Un méchant : le propriétaire. Ensuite le militant venait expliquer que ce n’était pas le propriétaire le responsable, mais le marché. » Imparable. « Trois semaines après la création de Jeudi noir, on s’est retrouvés sur le plateau du Grand Journal de Canal +, et on était chez Borloo », se souvient Leila Chaibi. Jeudi noir passe à la vitesse supérieure. En décembre 2006, avec le DAL (Droit au logement) et l’association Macaq, ils ouvrent le « Ministère de la crise du logement ». Un squat emblématique rue de la Banque, dans le IIe arrondissement de Paris. Le premier parmi d’autres qui vont ameuter les médias.

Leurs objectifs ?

Contrairement aux groupes autonomes, habitués des actions spectaculaires et illégales mais qui refusent de communiquer avec la presse, Jeudi noir cherche à toucher les médias, pour « sensibiliser », dit Leila Chaibi. Sébastien Porte note que « ce sont de grands communicants qui savent précisément comment les journalistes travaillent ». Le message passé dans les médias, Jeudi noir interpelle les politiques. Là, changement de ton. « S’il y a une simplification du message auprès des médias, il est doublé d’un discours très documenté. Il y a à Jeudi noir des vrais spécialistes du logement », dit Sébastien Porte.

Leur philosophie ?

« On veut montrer qu’on peut être un citoyen actif et prendre du plaisir », dit Julien Bayou. Le tout dans un esprit Do It Yourself (« Fais-le toi-même »). Une démarche facilitée par les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Par ailleurs, si le groupe se revendique apolitique, de nombreux militants sont aujourd’hui élus ou éligibles, qui au PS, qui chez Europe Ecologie, qui au NPA.

Leur image auprès des autres mouvements ?

« On se connaît bien. Ils montrent que la crise du logement s’est élargie », dit Christophe Robert, porte-parole de la Fondation Abbé Pierre. Même son de cloche au DAL, avec son président, Jean-Baptiste Eyraud : « On est content d’avoir des forces supplémentaires. Il est intéressant de mettre en évidence que des catégories sociales plus aisées sont touchées par le mal logement. » Pourtant, les dents ont parfois grincé. Jeudi noir a ainsi refusé d’accueillir les SDF qui dormaient sur le trottoir de la place des Vosges, arguant notamment que leur but n’était pas de faire un travail social.

(1) Un nouvel art de militer, Sébastien Porte et Cyril Cavalié ; éditions Alternatives. 25 euros.

Par Gael Cogné

Canard Enchainé du 30 décembre 2009

Les collectifs de mal logés sollicitent l’Elysée

22.12.2009. NouvelObs

Les responsables de collectifs de défense des mal logés ont tenté, en vain, de réclamer la réquisition de 20 immeubles « vacants ».

Julien Bayou, militant de l’association Jeudi Noir, s’adresse à des manifestants le 19 décembre 2009 au côté de Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au Logement (DAL) (AFP)

Julien Bayou, militant de l’association Jeudi Noir, s’adresse à des manifestants le 19 décembre 2009 au côté de Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au Logement (DAL) (AFP) Responsables et militants des collectifs de défense de personnes mal logées ont à nouveau réclamé mardi 22 décembre la réquisition de logements vacants en tentant, en vain, de déposer à l’Elysée une liste de 20 immeubles parisiens vides. Dressée par les collectifs Jeudi Noir, Droit au Logement (DAL), le Collectif pour l’avenir des foyers (Copaf) et la CDSL, cette liste répertorie 20 immeubles « totalement ou partiellement vacants depuis un à dix ans ». Ce sont la propriété de bailleurs privés ou publics, dans une quinzaine d’arrondissements. A en croire ces associations, leur réquisition pourrait permettre de loger plusieurs centaines de personnes, sur des milliers de mètres carrés. « Nous demandons la réquisition de tous ces bâtiments, et si ce n’est pas fait, qu’on nous donne les raisons », a expliqué Lionel Primault, de Jeudi Noir. Il poursuit : la réquisition est « un travail qui devrait être fait par le préfet, mais il ne bouge pas, donc aujourd’hui on monte un cran plus haut ».

« Il y a des gens en train de crever de froid »

L’actrice Josiane Balasko, le leader du NPA Olivier Besancenot et Augustin Legrand des Enfants de Don Quichotte, ont accompagné une vingtaine de responsables et militants qui se sont rassemblés mardi matin rue de Miromesnil, non loin de l’Elysée, pour y déposer la liste. Invités à l’envoyer par courrier, ils ont été stoppés à 300 mètres du palais présidentiel par des CRS. Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL, a protesté contre « cette méthode », et a estimé qu’appliquer la loi de réquisition de 1945 permettrait de « loger des milliers de personnes en France ». Et de poursuivre qu’ »on doit appliquer toute loi qui permette de loger des gens. La crise du logement nécessite de prendre des mesures exceptionnelles ; la loi de réquisition en est une. Elle pourrait régler un certain nombre de problèmes, pas tous, mais un certain nombre ». Josiane Balasko a pour sa part demandé « simplement qu’on applique la loi. […] Quand les gens sont expulsés, on applique bien les lois. Donc il faut que les lois qui vont dans un autre sens » le soient aussi. « Il y a des gens en train de crever de froid et on est en droit de s’attendre à autre chose que des larmes de crocodile », a quant à lui déclaré Olivier Besancenot. Généralement, les associations estiment à quelque 3,5 millions le nombre de personnes mal logées en France.

(Nouvelobs.com )

Le Monde. 22.12.09. Mal-logement : pression pour que l’Etat réquisitionne les habitations vides

Le monde avec AFP

Des responsables et militants des collectifs de défense de personnes mal logées ont réclamé, mardi 22 décembre, la réquisition de logements vacants en tentant, en vain, de déposer à l’Elysée une liste de vingt immeubles parisiens vides. Cette liste, dressée par Jeudi Noir, Droit au logement (DAL), le Collectif pour l’avenir des foyers et le Comité des sans-logis, recense vingt immeubles « totalement ou partiellement vacants depuis un à 10 ans », propriétés de bailleurs privés ou publics, dans une quinzaine d’arrondissements. Selon ces collectifs, leur réquisition pourrait permettre de loger plusieurs centaines de personnes, sur des milliers de mètres carrés.

La réquisition est « un travail qui devrait être fait par le préfet, mais il ne bouge pas, donc aujourd’hui on monte un cran plus haut », a expliqué Lionel Primault, de Jeudi noir. Accompagnés de l’actrice Josiane Balasko, du leader du NPA, Olivier Besancenot, d’Augustin Legrand (Les Enfants de Don Quichotte), candidat aux régionales en Ile-de-France pour Europe-Ecologie, et de Mgr Gaillot, une vingtaine de responsables et militants se sont rassemblés mardi matin rue de Miromesnil, tout près de l’Elysée, pour aller y déposer la liste, mais ils ont été stoppés à trois cents mètres du palais présidentiel par des CRS qui les ont invités à l’envoyer par courrier.

NON-RESPECT DU DALO

Le porte-parole du DAL, Jean-Baptiste Eyraud, a protesté contre « cette méthode », et estimé qu’appliquer la loi de réquisition de 1945 permettrait de « loger des milliers de personnes en France ». « La crise du logement nécessite de prendre des mesures exceptionnelles ; la loi de réquisition en est une. Elle pourrait régler un certain nombre de problèmes. Pas tous, mais un certain nombre », a-t-il estimé.

« En refusant de les recevoir », ont ajouté les Verts dans un communiqué, « l’Elysée a démontré son indifférence au sort des sans-abri et des mal-logés. L’Etat refuse d’appliquer la loi de réquisition, et ignore celle du DALO », le droit au logement opposable, qui oblige l’Etat à donner suite à des demandes de logement social jugées prioritaires. Rien qu’à Paris, selon Europe Ecologie, « on compte près de 122 000 logement inoccupés ». Parmi les mesures proposées par les écologistes figurent le doublement du budget logement au conseil régional, en le faisant passer de 4 à 8 %, et l’arrêt de la spéculation foncière qui « alimente le mal-logement ».