Newsletter 10 mars 2010

Sur le libéblog / Les promesses de madame Pécresse

A lire ici http://ministeredelacrise.blogs.liberation.fr/logement/2010/03/le-21-janvier-dernier-nous-avions-profit%C3%A9—dun-meeting-de-lump- %C3%A0-deux-pas-de-la-place-des-vosges-pour-interpeller—val.html

et RDV samedi13 mars à 15H place de la République à Paris pour manifester contre la reprise des expulsions ! A tres bientot L’équipe de Jeudi-Noir


Les promesses de madame Pécresse

Le 21 janvier dernier, nous avions profité d’un meeting de l’UMP à deux pas de la place des Vosges pour interpeller Valérie Pécresse sur les problèmes de logement en Ile-de-France, en particulier pour les jeunes. Comme les gardes du corps de François Fillon s’étaient invités (gentiment) dans la discussion, Valérie Pécresse nous a conviés quelques semaines plus tard sur sa péniche de campagne. A vrai dire, il n’y a pas eu d’annonces fracassantes. Enfin, presque, mais vous allez voir…

Nous étions donc reçus par la candidate et pas par la ministre, c’est-à-dire par celle qui fait les promesses et pas par celle qui est censée les tenir. Premier point, qui peut être réellement intéressant, elle ne veut pas faire de distinction entre étudiants, apprentis, jeunes travailleurs… Si elle devient présidente de la Région, elle veut construire des logements pour tous ! Comme il y a un véritable manque de logements, il faut faire feu de tout bois (je vous passe le couplet « Huchon, l’a rien foutu »).

Une chance, elle est tombée sur un architecte –un vrai– Wilmotte, il s’appelle. Il propose de faire des petits cubes en bois, 13m2 pour les célibataires, 24m2 pour les couples. On pose le tout sur une barge placée en bord de Seine, comme ça pas de problème de foncier à résoudre. Il y a le même projet à Lyon. Cependant, comme dans Paris intra-muros, c’est un peu difficile de placer des barges sur tous les quais, Valérie propose un autre projet, de Jean Nouvel celui-là : un pont habité sur la Seine, du côté de Tolbiac. Au premier niveau, des commerces et restaurants qui financent la construction, au deuxième niveau un « Learning Center », et au troisième, 1000 chambres étudiantes. J’ai quelques doutes sur les 1000 chambres. Même en les montant sur 2 niveaux, ça nécessiterait de couvrir la Seine sur plusieurs centaines de mètres de long, sans parler des problèmes d’éclairage.

Bref, de grands projets, très beaux, censés coûter moins chers que des constructions classiques, mais qui sont plus de l’ordre du gadget que d’une véritable politique de logement. Quand on fait remarquer que c’est très bien de vouloir construire –c’est nécessaire– mais qu’on pourrait peut-être commencer par ne pas démolir, en donnant l’exemple de la Cité Universitaire Jean Zay à Anthony, Valérie Pécresse s’exclame « mais vous savez très bien que c’est un problème politique », rappelle que le département des Hauts-de-Seine s’est engagé à remplacer les chambres démolies (où ? quand ?) et change de sujet.

C’est vrai, quelle naïveté de notre part aussi de vouloir parler de problème politique avec une tête de liste aux régionales, accessoirement ministre responsable des CROUS… Intéressons-nous plutôt aux vrais sujets ! D’ailleurs, avons-nous un casier judiciaire vierge ? Après tout, Jean Perrin, l’inénarrable président de l’UNPI (l’Union Nationale de la Propriété Immobilière) nous a bien comparés à des pirates qui prennent les enfants en otage dans les maternelles… Aussi, quand on émet un doute sur les engagements de la ministre, par exemple à propos des travaux du 24, rue de la Harpe qui n’ont toujours pas commencé plusieurs mois après la date prévue, elle est toute surprise et s’engage à vérifier ce qu’on lui dit, ce qui est très gentil de sa part. Enfin, on aborde presque au hasard le sujet de la Marquise, et là, on s’entend répondre que les habitants étudiants pourraient peut-être obtenir une chambre en CROUS jusqu’en août prochain… Quel dommage qu’ils ne l’aient pas obtenue en septembre dernier !

• Christophe Driesbach (Jeudi Noir)

Les positions et revendications de Jeudi Noir

Nos analyses :

Chapitre 6 : La fracture immobilière générationnelle : à lire ici

Nos propositions contre la crise du logement

Chapitre 13 : Les propositions de Jeudi Noir pour une autre politique du logement : à lire ici

Les bonnes feuilles du Petit Livre noir du logement

Jeudi-Noir sort son « petit livre noir du logement » !

Le 1er octobre Jeudi-Noir sort son « Petit livre noir du logement » aux éditions La Découverte

« Studio, 14 m2, 650 euros par mois. » Vous pensez avoir mal lu ? Détrompez-vous, les annonces de ce type ne manquent pas… À partir d’enquêtes de terrain et de données chiffrées, ce livre manifeste dresse un état des lieux de la crise du logement en France : loyers prohibitifs, scandale des appartements vacants et des bureaux vides, dérives des programmes de rénovation urbaine, inadaptation et marchandisation du parc HLM, fracture immobilière générationnelle, mirage de l’accession à la propriété, résurgence des bidonvilles… Cette expertise militante, plongeant au cœur d’un scandale français, se veut également un réquisitoire contre la démagogie du « Tous propriétaires ! », slogan remis au goût du jour par le président Sarkozy. Enfin, parce qu’ils font toujours partie des nombreux « galériens du logement » pour qui la situation est intenable, les auteurs proposent des pistes de réflexion et des moyens d’action pour en finir avec le mal-logement.

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Diaporama : Qu’est-ce que le collectif Jeudi Noir ?

Voici une présentation de notre collectif, nos actions et revendications…

Pour le visionner, cliquez ici

Réquisition de logements : les Français disent oui

Selon l’IFOP, 69 % des Français se déclarent favorables à la réquisition des logements privés. Un large consensus qui témoigne de l’ampleur de la crise du logement. Si la gauche se rassemble, la droite quant à elle se divise sur le sujet.

Réquisition de logements : les Français disent oui

La question fut sans ambages, les résultats sans appel. Interrogé sur « la réquisition par les pouvoirs publics des logements privés inoccupés », 69 % des Français s’y déclarent favorables. 30 % se veulent opposés car cela constituerait « une attente au droit de propriété ». Voilà ce que révèle une enquête réalisée par l’IFOP pour l’Humanité (voir ci-contre). En filigrane apparaît la préoccupation des Français pour le logement. « Nous le savons les Français sont sensibles à ce sujet », prévient Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département Opinion et stratégies d’entreprise à l’Ifop. Pour lui, trois raisons expliquent des résultats si nets : « Premièrement la crise du logement, ensuite le travail des associations qui a contribué à populariser le problème des réquisitions. Enfin, le contexte actuel. Devant un tel écart de richesse entre les Français, la précarité devient de plus en plus inacceptable par la majorité d’entre eux », analyse-t-on du côté de l’Ifop.

Principal « supporter » de cette mesure donc, les jeunes. Chez les moins de 35 ans ils sont 80 %, et 84 % pour la tranche des 18-24 ans, à penser à la réquisition comme solution au mal logement. Á l’autre de bout de cette pyramide des âges, les 65 ans et plus, on remarque le plus grand nombre de réfractaires, avec 42 % d’opinions défavorables. Une situation qui s’explique « par les difficultés plus grandes pour la jeunesse à se loger », confie le directeur adjoint de l’Ifop. Concernant les activités professionnelles, là encore les retraités sont en léger recul avec 61 % d’adhérents à la réquisition alors que le chiffre culmine à 80 % chez les employés, 78 % pour les artisans ou commerçants et 75 % chez les ouvriers. Sur l’échiquier politique, la surprise provient des rangs des sympathisants de l’UMP : ils sont 49 % à se déclarer favorables à la réquisition. Á gauche, le score est particulièrement élevé avec 80 %. Le pic est atteint par les proches du Front de gauche avec 86 % d’avis positifs. Du côté des associations, le sondage est accueilli avec « enthousiasme ».

Pour Julien Bayou, porte-parole du collectif Jeudi noir, ces résultats sont « une agréable surprise ». « Je ne m’attendais pas à un score aussi élevé », explique-t-il. Selon lui, une conclusion s’impose : « Ce sondage prouve que Nicolas Sarkozy mène une politique à l’encontre de l’intérêt général et contraire aux préoccupations des Français. Il va falloir s’intéresser sérieusement à leurs problèmes. Nous poursuivrons nos actions. » Á la Fondation Abbé Pierre, on se veut plus prudent. Pour Patrick Doutreligne, délégué général, « ces résultats sont une bonne chose. Pour la première fois, le droit au logement est à la mesure du droit de propriété. La réquisition est une mesure forte et symbolique. Si à l’avenir elle est appliquée, attention de ne pas créer des réactions contraires, une crainte ou une frilosité chez les propriétaires qui rendrait encore plus difficiles les conditions d’accès à la location. Á la fondation, nous lions cette question avec la mise en place possible d’une taxe de vacance des logements ». Selon Jean-Claude Amara, responsable de Droits devant ! et cofondateur de l’association Droit au logement (DAL), ces résultats confortent l’idée d’un « large consensus populaire, au-delà des clivages politiques ». Et de rappeler : « Déjà en 1990, lors de la création du DAL, nous avions le soutien des Français. Il y a une récurrence de l’opinion pour l’application de la loi de 1945 sur les réquisitions mais, hélas, aussi une récurrence des pouvoirs publics à ne pas appliquer cette loi du général de Gaulle. Qui, d’ailleurs, n’était pas réputé pour être un fervent gauchiste. » Un large consensus qui gagnerait à être relayé politiquement : « Si la gauche s’empare du débat, cela posera de grandes difficultés au gouvernement aux prochaines élections régionales », conclut Jérôme Fourquet.

Lionel Decottignies