L’évacuation du squat de l’avenue Matignon ordonnée

Le Figaro

Chassés une fois encore. Après leur expulsion d’un hôtel particulier de la place des Vosges à Paris en octobre, c’est d’un autre immeuble à l’adresse prestigieuse avenue Matignon- que les membres du collectif Jeudi Noir devraient être bientôt expulsés. Le tribunal d’instance du VIIIe arrondissement de Paris a en effet ordonné mardi matin l’«expulsion immédiate et sans délai» de la trentaine d’occupants de l’immeuble appartenant à l’assureur Axa, installés sans autorisation depuis le 27 décembre.

La justice a été saisie en référé par Axa, propriétaire de l’immeuble de bureaux de huit étages inoccupé depuis plus de quatre ans et situé à deux pas de l’Elysée. La décision du tribunal, qui invoque un « trouble manifestement illicite», a provoqué la colère du Collectif, qui dénonce les difficultés d’accès au logement des jeunes, le niveau des loyers, les logements et bureaux vides, et la spéculation immobilière. «Axa a obtenu l’expulsion de jeunes précaires au cœur de l’hiver. Mais on ne se laissera pas faire, on prépare notre défense», a déclaré Margaux Leduc, porte-parole de Jeudi Noir.

«Un jugement politique»

«On commence à avoir l’habitude», a réagi de son côté Christophe Driesbach, 27 ans, l’un des squatteurs, qui s’est dit «pas surpris» par l’ordonnance du tribunal d’instance. «C’est un jugement tellement politique», a-t-il estimé : «Le tribunal est allé au-delà des demandes d’Axa en prononçant des astreintes.»

Le tribunal a ordonné une astreinte collective de 100 euros par jour à compter de mardi si les occupants n’évacuaient pas les lieux. S’ils ne partent pas d’eux-mêmes, la société Axa a laissé entendre qu’elle demanderait l’intervention de la force publique à la préfecture de police. «Cela dépendra du Collectif et de sa volonté de quitter volontairement l’immeuble. Mais effectivement, nous sommes dans la volonté d’obtenir l’évacuation de l’immeuble», a indiqué un porte-parole du groupe. Les squatteurs se préparaient à une intervention prochaine, « peut-être dans la journée » ou mercredi matin. «Nous n’avons pas l’intention de rendre cette expulsion facile», ont prévenu les militants.

Dans l’attente du jugement, les squatteurs avaient entrepris dès lundi soir de barricader les entrées de l’immeuble, surveillées en permanence par des policiers. Le collectif appelle par ailleurs à un «rassemblement de soutien» mardi soir à partir de 18 heures devant le bâtiment. Pour son initiative avenue Matignon, le Collectif a reçu le soutien de personnalités politiques.

Soutien de la gauche

Jean-Paul Huchon, le président PS de la région Ile-de-France, et Emmanuelle Cosse, vice-présidente chargée du logement (Europe Ecologie-Les Verts) ont estimé mardi qu’il était «aberrant d’expulser des jeunes précaires en plein coeur de l’hiver alors même que ce bâtiment est inoccupé depuis plusieurs années et que la crise du logement frappe particulièrement les étudiants et les jeunes».

Cécile Duflot, secrétaire nationale d’EELV, a reproché de son côté au gouvernement de ne plus «prendre de gants avec la jeunesse» alors qu’il «se garde bien de proposer les solutions pérennes en matière de logement».

«Nicolas Sarkozy reçoit les riches donateurs de l’UMP au Bristol et ce sont des mal logés de l’avenue Matignon qui règlent l’addition!», a déploré pour sa part la députée socialiste Aurélie Filippetti, demandant au ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux de ne pas faire procéder à l’expulsion.

Quant au Nouveau parti anticapitaliste (NPA), il juge que «les raisons invoquées pour justifier l’expulsion ne sont que des prétextes pour traquer un collectif qui pose de façon concrète le scandale des immeubles vacants alors que le mal logement ou l’absence de logement est toujours une cruelle réalité».

[LES REACTIONS] à l’expulsion de Jeudi Noir

Nouvel Obs

« Nicolas Sarkozy reçoit les riches donateurs de l’UMP au Bristol et ce sont des mal logés de l’avenue Matignon qui règlent l’addition! », a notamment déclaré la députée socialiste Aurélie Filippetti.

L’opposition a vivement réagi après que la justice a ordonné, mardi 15 février dans la matinée, l’ »expulsion immédiate et sans délai » de l’immeuble vide avenue Matignon appartenant à l’assureur Axa et squatté depuis la fin décembre par un collectif « Jeudi Noir« . Voici les premières réactions politiques :

Aurélie Filippetti, députée PS : « Nicolas Sarkozy reçoit les riches donateurs de l’UMP au Bristol et ce sont des mal logés de l’avenue Matignon qui règlent l’addition! Je demande au ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux de ne pas faire procéder, comme l’a ordonné la justice » mardi matin, « à l’expulsion des militants du collectif Jeudi noir de l’immeuble qu’ils occupent depuis le mois de décembre. Cette expulsion serait une provocation supplémentaire envers la jeunesse non héritière et mal logée de notre pays ». (Communiqué)

- Les Jeunes Socialistes : « Cette nouvelle condamnation (…) n’est qu’un révélateur de l’inaction du pouvoir en place face à un problème qui gangrène la France. Alors qu’il manque 2,5 millions de logements en France, le gouvernement refuse toujours de mettre en application la loi de réquisition des logements vides et d’engager un vaste plan de construction de logements. Le Mouvement des Jeunes Socialistes demande la mise en place de l’encadrement des loyers, la multiplication par quatre des amendes pour les communes ne respectant pas les 20% de logements sociaux et la réquisition par les préfets ou les tribunaux des logements inoccupés » (communiqué).

- Groupe PCF/parti de Gauche du Conseil de Paris : « En plein hiver, à deux pas de l’Elysée, le seul crime de ces jeunes précaires est de ne pas pouvoir suivre le train d’enfer de la spéculation immobilière parisienne. Quelques semaines après la publication du rapport de la Fondation Abbé-Pierre qui souligne une crise du logement jamais égalée, cette décision s’apparente à une provocation. Les élus du Groupe communiste et élus du parti de gauche apportent tout leur soutien au collectif Jeudi Noir » (communiqué).

COMMUNIQUÉ DE PRESSE de Bertrand Delanoë

Bertrand Delanoë, maire de Paris, tient à témoigner son soutien à l’action menée par Jeudi Noir, qui, en occupant un immeuble vide avenue Matignon, met en évidence le problème du mal logement et de la pénurie de logements en Île-de-France, qui touche particulièrement les jeunes et les étudiants.
Il regrette une décision de justice pouvant conduire à une expulsion immédiate, ainsi que l’absence d’accord qui aurait permis de mettre en place une convention d’occupation provisoire en attendant que soient réglées les difficultés techniques et juridiques empêchant la remise sur le marché de cet immeuble.
La Ville de Paris s’engage fortement dans le domaine du logement, avec, notamment, entre 2008 et 2014, un objectif de production de 40 000 logements sociaux dont 4 000 logements étudiants et 3 000 places en foyers pour jeunes travailleurs.
Enfin, le maire de Paris rappelle sa volonté de voir mises en œuvre des dispositions réglementaires et fiscales de nature à favoriser la transformation d’immeubles de bureaux obsolètes ou durablement vacants situés dans le cœur de la métropole parisienne en logements.

Axa ment et Jeudi Noir reste a Matignon pour dénoncer l’absence de politique à l’Elysée

AXA ment à la presse et à ses salariés pour justifier l’expulsion

Jeudi-Noir reste à Matignon pour dénoncer l’absence de politique du logement à l’Elysée


Mercredi 16 février midi, les habitants du 22 avenue Matignon sont toujours retranchés sur place, barricadés pour empêcher l’expulsion imminente. Ou au moins la rendre plus difficile que celle survenue à la fin du moins d’octobre 2010 quand ils ont été expulsés de la place des Vosges à 1 semaine de la trêve hivernale.

Pour faire passer la pilule d’une expulsion en plein hiver, l’Assureur AXA, propriétaire de l’immeuble vide, ment : à la presse et à ses salariés (voir courrier à la CGT ci-après). Non, Jeudi-Noir n’a pas refusé d’offre de relogement car AXA n’en a jamais faite  ! Il y a eu  une seule rencontre, au cours de laquelle AXA a évoqué des relogements, mais sans faire aucune proposition précise ni demander la situation des occupants. Soyons clairs : les habitants du 22 avenue Matignon sont demandeurs et éligibles aux logements sociaux. . Mais l’occupation est avant tout militante et vise davantage à dénoncer l’inaction des pouvoirs publics. Comme pour chaque occupation, nous nous engageons à partir dès qu’une affectation  sera trouvée au bâtiment. D’ici là, nous proposons qu’une convention de bail précaire permette une occupation paisible du bâtiment. Le bâtiment se prêterait parfaitement à un bail d’habitation temporaire puisqu’il a déjà été partiellement transformé en logement à la fin des années 1980.

De même, il n’y a pas eu de voie de fait pour l’ouverture du bâtiment, en cette vidéo prise en septembre 2010 par un co-propriétaire qui montre que le bâtiment était ouvert aux 4 vents : http://www.dailymotion.com/video/xh0mq7_porte-ouverte-chez-axa_news

Enfin, la raison de l’abandon de ce bâtiment est plus économique que juridique. Certes un litige oppose AXA à un des copropriétaires depuis 2002 mais rien n’empêche que le bâtiment soit occupé.

La seule vraie raison est à déceler dans le statut de la filiale : servant de support  à des contrats d’assurance, l’immeuble doit pouvoir être vendu immédiatement en cas de remboursement important, ce qui nécessite donc sa vacance prolongée. En clair, ce bâtiment sert de réserve d’argent frais, de grand lingot d’or. « Ou quand « la bonne gestion » et le AAA des assurances impliqu pénurie de logement et hausse des prix  à l’achat ou à la location ! » résume Christophe de Jeudi-Noir.

En attendant, le gouvernement s’enferme toujours dans ses projets d’accession à la propriété, qualifié dans le rapport sur le mal-logement de la fondation Abbé Pierre de « rêve qui piège » (http://www.fondation-abbe-pierre.fr/_pdf/rml_11_chap_2.pdf)

Le ministre Apparu nous avait aguiché avec ses promesses de plafonner les loyers des petites surfaces. « Je ne suis pas opposé à un plafonnement du mètre carré » disait-il en septembre 2010.

Depuis, rien.

« En matière de logement comme pour nombre d’autres sujets, la politique Sarkozy c’est le syndrome du caïman : grande gueule et petits bras. » explique Julien

Loyers prohibitifs, scandale des appartements vacants et des bureaux vides, dérives des programmes de rénovation urbaine, inadaptation et marchandisation du parc HLM, fracture immobilière générationnelle, mirage de l’accession à la propriété, résurgence des bidonvilles…

Même expulsé de l’avenue Matignon, Jeudi Noir continuera à se mobiliser pour dénoncer la contre politique du logement menée par le gouvernement.

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